Auteur : Alexandre Decluny

  • En quoi l’échec saoudien contre les Houthis symbolise-t-il les difficultés inhérentes aux groupes coalisés ?

    Le contrôle des accès maritimes représente un volet majeur de la vision géostratégique du président Trump. C’est dans cette optique que les frappes aériennes américaines contre les Houthis se sont intensifiées récemment pour lutter contre les attaques de ces derniers en mer Rouge. Renaud Bellais, chercheur spécialisé en économie de la défense, souligne ainsi l’impact de ce groupe rebelle chiite sur les flux maritimes : « le nombre de bateaux croisant en mer Rouge s’est effondré depuis octobre 2023. Les flux maritimes en mer Rouge représentaient alors 13% du trafic mondial, 30% du transport de conteneurs et 21% des échanges énergétiques. Ils ont été divisés par deux, voire par trois pour les cargos ». Des frappes aériennes, les Houthis en subissent pourtant des milliers depuis plus de 10 ans au travers du lancement de l’opération « Tempête décisive ». L’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition d’une dizaine de pays arabes sunnites, déclenche cette intervention en mars 2015 afin de rétablir le président Hadi, dépossédé de son pouvoir quelques mois auparavant par l’insurrection des Houthis au Yémen. Actuellement, les Houthis contrôlent politiquement et militairement un territoire où vivent environ les deux tiers de la population, soit 20 millions de Yéménites. Sanaa, la capitale du pays, est continuellement sous leur contrôle depuis le déclenchement de l’insurrection en 2014. Enfin, leur pouvoir de nuisance semble décupler comme en témoigne l’impact de leurs attaques sur le trafic maritime en mer Rouge. L’intervention saoudienne apparaît ainsi comme un échec difficilement contestable, les Houthis ayant même poussé l’Arabie saoudite à engager des négociations pour mettre fin aux hostilités. Comment dès lors expliquer l’incapacité d’une coalition militaire internationale à neutraliser efficacement une insurrection armée relativement limitée comme celle des Houthis ?

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  • La National Rifle Association est-elle le bouc émissaire de l’opinion publique américaine sur le contrôle des armes à feu ?

    La National Rifle Association est une association pro-armes fondée en 1871, régulièrement présentée de manière péjorative comme le lobby le plus influent au monde au travers du nombre élevé de ses adhérents, des dépenses considérables pour convaincre les élus américains ou encore de ses professionnels puissants aux pratiques occultes et à la limite de l’illégalité. Ce traitement médiatique sous le prisme de l’influence pour désigner les lobbies est très répandu mais semble particulièrement présent ici au sujet de la NRA. Tout cela participe à forger une image réductrice dans laquelle l’influence et le lobbying sont associés de façon spontanée. Dans cette vision négative on retrouve l’idée que les lobbies défendent des intérêts marchands, matériels, des intérêts particuliers qui s’opposent au bien public en ce sens ils seraient contre la démocratie. L’État dans cette optique ne serait qu’un réceptacle passif du travail d’influence des lobbies, s’il n’y avait pas de lobbying alors tout se passerait bien, on fait comme si le lobbying n’échouait jamais. Pour utiliser cet objet glissant qu’est le lobbying il faut faire des pas de côté, l’historien spécialiste de la Rome antique Paul Veyne invite dans son ouvrage Comment on écrit l’histoire à mettre de la tension dans les objets et de les questionner autrement. Ainsi, au lieu de raisonner en termes d’influence pour aborder l’objet du lobbying au travers de l’exemple de la NRA, nous allons effectuer un pas de côté et essayer de comprendre sur quel fondement repose ce présupposé associant l’influence et le lobbying afin de déconstruire par la suite cette représentation stéréotypée.

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  • La logique sécuritaire internationale, un terreau aux conflits africains ?

    En mars 2025, Niaggalé Bagayoko, chercheuse spécialiste des mécanismes africains de gestion des conflits, déclare au micro de Pascal Boniface : « de manière générale, je ne crois absolument pas – et les trente dernières années le démontrent – que les acteurs internationaux aient réellement de prise sur l’évolution des conflits africains ». En effet, malgré les condamnations verbales, les sanctions, et les interventions de la communauté internationale, des crises majeures perdurent, ressurgissent, voir se dégradent au cours des dernières décennies. Il apparaît ainsi essentiel de questionner les pratiques et la logique derrières les interventions internationales pour comprendre si ces dernières sont adaptées aux problématiques rencontrées ou si elles se révèlent en réalité contre-productives.

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